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[BIOP_01] : NEUROPHARMACOLOGIE

Un exemple c0ncret: La GRC vs. Tuff Kid xd. [Édition 1337speak]

MODULE : GRC DÉBUNK (Vérité)
STATUT : CLASSIFIÉ // ACCÈS_PUBLIC
VERSION : 1.6.7 (STABLE)

// 01. LE CONTEXTE

Il y a quelques mois, je me baladais sur Radio-Canada pour combattre l'ennui. Je suis alors tombée sur un article qui parle du vilain fentanyl en citant la GRC. Quelle chance, car j'ai remarqué que les citations étaient remplies de fausses informations.

L'ARTICLE ORIGINAL

Considérant que l'article date de plusieurs années, ils auraient eu amplement le temps de remarquer leur connerie.

CONCEPT CLÉ : Le biais d'autorité (un exemple)
La tendance qu'a le cerveau à moins questionner les déclarations provenant d'une figure d'autorité (parents, police, médias officiels...). Ces déclarations nous influencent aussi beaucoup plus.

// 02. LE NOUVEAU TYPE DE FENTANYL

En fait, comme ils le disent eux-mêmes (???), ce n'est pas un nouveau type de fentanyl. Il s'agit plutôt de fentanyl mélangé à d'autres substances. Sauf que :

Premièrement, c'est loin d'être nouveau.

Deuxièmement, ce n'est pas une "sorte différente" de fentanyl, du moins chimiquement. La molécule reste exactement la même.

// 03. LA NALOXONE

Vous vous dites sûrement : « Ok Evey, mais [le nouveau fentanyl] il est quand même résistant à la naloxone ? »

Pas vraiment.

Si on parle de la xylazine ou des benzodiazépines, ces derniers ne répondent pas à la naloxone, mais cela est connu depuis des lustres, il n'y a donc pas lieu de faire un article putaclic. ***

Si on parle du fentanyl lui-même, évidemment qu'il n'est pas résistant à la naloxone. Sinon, tu m'expliques pourquoi la police distribue et utilise des trousses de naloxone pour les cas d'empoisonnement au fentanyl ?

La particularité, c'est que le fentanyl possède une très haute affinité pour les récepteurs opioïdes \(\mu\) comparativement à la morphine, par exemple. Pour une grosse dose de fentanyl, il est donc souvent requis d'utiliser plusieurs doses de naloxone pour réussir à le déplacer du récepteur. Il faut aussi surveiller activement la personne, car beaucoup d'opioïdes ont une demi-vie d'action plus longue que celle de l'antidote. Mais c'est loin d'être impossible. (Allez voir sur pubmed si vous me ne croyez pas)

Cette particularité est aussi une des raison pour laquelle les doses de fentanyl se mesurent en microgrammes. Au contraire, la morphine (beaucoup moins puissante), se mesure en miligrammes généralement.

// 04. LA XYLAZINE ET LES BENZOS DANS TOUT ÇA ? ***

Bien que l'article soit exagéré, la combinaison de fentanyl avec d'autres dépresseurs du système nerveux central est toujours hautement risquée.

Quand ils affirment qu'il est possiblement "impossible" de renverser l'overdose, ça dépend de ce qu'on veut dire.

Imaginons un scénario où quelqu'un prend beaucoup d'Ativan (une benzodiazépine) combiné avec du fentanyl (et on suppose que vous arrivez assez tôt pour secourir la personne).

Il se peut qu'après lui avoir administré la naloxone, vous ne remarquiez aucun réveil immédiat. Sauf que, sous le capot, la naloxone bloque le fentanyl : les pupilles de la personne vont reprendre une taille normale et son rythme respiratoire va s'améliorer (ce qui évite les dommages cérébraux par hypoxie).

Elle sera visiblement encore endormie ou inconsciente à cause des benzos, qui ne sont pas bloqués par la naloxone. Mais vous venez quand même de lui sauver la vie en relançant sa respiration.

La naloxone n'est donc pas inutile. Pensez tout de même à faire prendre en charge la personne par des professionnels (911) immédiatement.

Dans le cas de la xylazine (un sédatif vétérinaire alpha-2 agoniste), l'effet synergique bloque aussi les fonctions motrices et respiratoires. La naloxone ne bloquera pas la xylazine, mais en retirant le fentanyl de l'équation, on élimine la majeure partie de la dépression respiratoire mortelle. Donc oui, c'est traitable.

Précision : Pour les benzodiazépines, l'antidote spécifique est le flumazénil. Cependant, il n'est presque jamais utilisé en contexte d'urgence de rue à cause du risque élevé de déclencher un sevrage aigu immédiat. Ce sevrage de benzos, contrairement à celui des opioïdes, peut provoquer des crises d'épilepsie mortelles. Il est donc beaucoup plus sécuritaire de simplement ventiler la personne, de donner de la naloxone pour l'opioïde et de surveiller les signes vitaux.